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Livré

Hall d’or à la Cité ; pour son dixième anniversaire, la Cité de l’architecture et du patrimoine (CAPA) accueille ses visiteurs dans un hall entièrement repensé. Banque d’accueil circulaire et encadrement des accès revêtus de feuilles d’or par l’entreprise Merotto Milani donnent une nouvelle lisibilité à cet espace enfoui au cœur du Palais de Chaillot.

Manichéisme à Batignolles ; 170 logements dont 119 en accession sont progressivement investis par leurs occupants perchés jusqu’à 50m au cœur de la ZAC Clichy-Batignolles, projet d’aménagement phare de l’Ouest parisien. Depuis les balcons ceinturant l’ensemble des appartements, les habitants contemplent le Sacré-Cœur, la Tour Eiffel ou la nouvelle cité judiciaire de Renzo Piano. AAVP s’est associé à Aires Mateus e Associados pour l’édification d’un jardin conçu comme un vide articulant deux blocs noir et blanc, une accroche en surplomb du parc Martin Luther King. Un dispositif urbain ponctué d’icônes juchées à voir dans le dernier polar de David Oelhofen !

Le bois de la cité U ; 11 ans après avoir restructuré la maison du Portugal, AAVP livre 190 logements à la Cité Universitaire Internationale de Paris. Construits dans le cadre d’un plan qui augmentera la capacité de la CIUP de 3500 lits, les logements gérés par le bailleur Espacil Habitat recevront chercheurs et étudiants derrière une façade mobile en bois de mélèze et métal perforé faisant la part belle à l’ornementation. Inauguration le 18 octobre !

L’archi des petits ou Peau neuve à La Courneuve ; les élèves de maternelle et d’élémentaire du groupe scolaire Ethel & Julius Rosenberg ont fait leur première rentrée dans un établissement entièrement restructuré. Le projet doit les protéger des nuisances du site notamment générées par l’autoroute A1 telle une carapace ou un cocon. Un gymnase neuf les attend sur le toit et bien d’autres surprises.

En phase

En chantier, à Tolbiac ; démarrage du chantier en septembre d’un ensemble de 80 logements et commerces. Sur une ossature béton se greffent des murs manteau bois augmentés d’un exosquelette 100 % bois pour des espaces extérieurs privés. Le hall accueillera une œuvre de l’artiste Claudine Dray dans le cadre du programme « un immeuble une œuvre » lancée par Emerige. Livraison 2021.

C’est permis ; le PC du 1er immeuble Nudge - le Nudge étant une incitation douce à modifier son comportement de manière enviable, est en cours d’instruction. 120 logements conçus avec l’agence Catherine Dormoy Architecte pour Ogic & Cogedim à Paris 13, réponse en fin d’année ! Dépôt du PC pour la Ville de Stains de 62 logements en accession à l’automne pour Immobilière Ile de France. Permis obtenu à Pantin pour la réalisation d’un hôtel de 120 chambres avec le Groupe Galia.

En concours

Reinventing City à Milan ; associé à Afonso Femia, AAVP participe à la version internationale du concours « Réinventer Paris ». Au programme : logements sur un site industriel désaffecté. Deux écoles en Ile-de-France ; AAVP participe au concours pour la construction de groupes scolaires à Brétigny-sur-Orge et Villeneuve-Saint-Georges. Rendu en octobre pour un résultat attendu bien avant Noël. Pépinière parisienne : y aura-t-il une pépinière signée AAVP/Lemoal & Lemoal sur le boulevard Davout ? Réponse dès 2018 après délibération du jury. Gagné; The Lovelace d’Europa City, partie du projet de BIG, un hôtel MICE et conférence Center. Non retenu ; The Dreamlike nouveau concept pour les Novotel à l’échelle de l’Europe pour ACCOR. Bravo Ramy!

Dans nos murs

Deuxième niveau  ; AAVP passe au niveau supérieur et investit l’étage au-dessus de ses locaux actuels, extension portant la surface de l’agence à 400 m². La liaison entre les deux plateaux s’effectue par un escalier métallique fait maison, une tête de requin fait office de numéro d’étage. Publié ; l’édition 2018 AMC spéciale intérieur consacre sa page 20 au nouveau hall de la Cité de l’architecture et du patrimoine. Archistorm dédie huit pages à Batignolles sous la plume de Tristan Cuisinier, dans le numéro de septembre, tandis que Node (le funérarium de Réinventer Paris) illustre les propos de Sophie Trelcat dans le numéro de juillet. Le projet de Capucine figure fièrement dans les pages de KPMG magazine et son numéro spécial dédié aux réhabilitations et surélévations autour du monde. Les lecteurs du magazine italien Abitare pourront découvrir le projet de Batignolles dans le numéro de novembre prochain. In situ ; une visite de presse internationale à Batignolles pour les agences AAVP-AIRES MATEUS & Scape aura lieu le 19 novembre prochain. Distingué ; AAVP finaliste du Archi+Award avec l’école de Montévrain, et nominé pour The Plan Award. Relooké ; le logo d’AAVP fait peau neuve. L’agence A.D.I.D.A. a repensé son graphisme autour de la répétition et le décalage. Le nouveau site est à venir…



“ll y a toujours une bonne âme pour me le rappeler : « tu as de la chance d’être invité ou sélectionné sur tel ou tel concours » … Certes, et encore plus dans ce contexte de crise de la commande. Avoir le « privilège » devenu si rare de participer à un concours implique-t-il pour autant que l’on s’interdise d’enrager sur les conditions de production de l’architecture publique voire privée ? La commande publique ne fait-elle pas partie des engagements de l’État et des collectivités ?

Ma reconnaissance totale envers l’engagement des pouvoirs publics se heurte à la pratique… Est-ce bien investir l’argent public que d’exiger des 3 ou 5 agences concourant pour un même projet que de réclamer qu’elles répondent dans les deux mois suivants leur sélection, congés inclus ? Est-ce garantir le bien public que de contraindre nos collaborateurs épuisés de travailler durant les périodes de vacances plus que méritées, au regard des charges de travail en agence ? À l’instar des salariés d’une grande chaîne de distribution du sud de la France, vais-je devoir demander à l'agence de partir en congés après les deux mois d’été, et peu importe nos vies de famille ? Est-ce garantir la qualité architecturale que de demander, dans ces délais raccourcis, des listes de documents directement sorties d’un inventaire à la Prévert en croissance perpétuelle ? Ce contexte d’urgence injustifiée — il n’est pas rare que les documents rendus à la fin du mois d’août ne soient jugés six mois plus tard, quand ils ne deviennent pas obsolètes suite à l’annulation du concours — ne favorise pas la réflexion sur le sujet traité. Or, l’architecture c’est aussi du temps pour un meilleur résultat, résultat auquel nous sommes tenus par obligation.

Alors, plutôt que l’on m’assomme avec cette chance que j’aurais d’être retenu, au nom de laquelle on m’invite poliment à me taire, j’aimerais plutôt qu’on me demande comment nous pourrions concevoir des projets pertinents, justes pour l’usager autant que pour l’environnement, en ayant dépensé au mieux chaque centime du contribuable. En matière de concours, l’urgence absolue me semble d’arrêter de concevoir des projets dans la précipitation, dans un délai qui reste dérisoire au regard du cycle global de la construction.”      


INTERVIEW DE MANUEL AIRES MATEUS
                                                                            SUR LE PROJET DE BATIGNOLLES

Sur certains projets, il faut savoir déployer des trésors de ce que les brésiliens nomment « Jeu de ceinture » (Jogo de cintura). Ou, en français, du tact et de la diplomatie. Associé à AAVP sur le projet de Batignolles, Manuel Aires Mateus (agence Aires Mateus e Associados) évoque sa première expérience française dans la construction de logements privés.

« Il faut toujours penser à l’architecture comme un art de l’inachevé. Pour Batignolles, il s’agissait d’imaginer une structure qui aurait la capacité d’abriter un grand nombre de personnes, dans un contexte très dense et difficile du point de vue urbain et politique. Je crois que le parti-pris de tirer le parc jusqu’au bâtiment de bureaux à l’arrière en passant à travers notre parcelle a été décisif, comme cette idée de retrouver une échelle individuelle dans ce programme imposant. Vincent avait introduit ces pavillons perchés qui apportent une dimension très riche, qui correspond à son coté exubérant, sa passion pour les animaux empaillés… Son penchant pour le baroque n’a rien à voir avec la décoration, mais traduit plutôt une relation à la vie. Appuyé sur ses deux jambes, le projet a toujours avancé tranquillement, malgré les batailles avec la maitrise d’ouvrage, certains diktats et les difficultés budgétaires qui sont allés croissants.
Nous avons tiré deux grandes leçons de cette expérience. Habituellement, dans nos projets portugais, nous faisons aboutir les détails à un niveau de définition très poussé. Sur un programme de promotion privée comme Batignolles, l’important est d’abord de comprendre la réalité, la vie, pour atteindre un niveau de liberté dans lequel tu parviens à faire un beau projet sans tous contrôler. Ce n’est plus le détail mais l’idée directrice qui permet le contrôle du projet.

Dans un certain sens, c’est comparable au travail de conception d’infrastructure. Quand nous avons dessiné la centrale d’épuration de Lisbonne, un bâtiment long d’un kilomètre, nous nous sommes trouvés pour la première fois dans une situation où l’on ne pouvait pas maitriser l’exécution comme on le souhaitait. Impossible de dessiner un joint, de discuter des aspects du béton car ce qui primait était d’abord la fabrication d’ouvrages et pièces préfabriquées dans des quantités industrielles, etc. Nous avons dû accepter d’autres conditions, nous plier à des exigences qui relevaient du domaine de la construction.

Aux Batignolles, il a fallu retrouver cette capacité d’adaptation mais dans le domaine de la conception. Nous nous sommes attachés à la condition urbaine, sur ce qu’était d’habiter une grande ville. Au final, nous ne nous sommes plus arrêtés sur le détail, et avons échangé nos exigences de réalisation contre une exigence d’ambition.

Nous avons beaucoup appris avec Vincent, qui nous a initiés à ce contexte particulier et nous a permis de lâcher notre folie du contrôle total. Il y avait toutes ces réunions ennuyeuses, et Vincent trouvait des choses pour s’amuser. J’ai découvert une personne qui a ce côté léger, mais avec un courage très rare, qui défendait le projet d’une façon intelligente mais très frontale. Il nous a permis de mener une bataille que l’on a finalement réussi à gagner.

Le projet est un grand succès, car ce que l’on a contrôlé est très bien. Après il y a des choses peut-être moins réussies : comme sur tous les projets, on travaille sur une partie de la réalité, et la réalité qui nous a été donnée, nous l’avons transformée, soulignée, mise en valeur. C’était une belle aventure!

Je pense qu’il y a des pistes à explorer sur l’idée d’habiter. En France, l’architecte est dans une position difficile, un contexte radical, voire extrême. La conception du logement est dirigée par les règles, pas par l’architecte. Qu’elles concernent la sécurité, les aspects techniques ou économiques, les règles instillent une affligeante banalité à l’habitat. Les ateliers de conception organisés aux Batignolles s’attachaient surtout à l’image du projet, et beaucoup moins à la qualité de l’habitation. C’est cette question de la qualité que nous aimerions explorer dans d’autres projets français : trouver des échappatoires tout en restant dans les règles, ouvrir le système de production du logement pour lui apporter de la liberté ».  



Pour couvrir la Cité d’or…

Le mobilier du nouveau hall de la Cité de l’architecture et du patrimoine reçoit un revêtement doré appliqué suivant des techniques artisanales.


Signe de richesse, d’opulence, l’or porte en lui une ambivalence. Suivant son usage, le matériau exprime autant la distinction que la vulgarité. Si l’agence utilise régulièrement l’or — ou plutôt des teintes qui l’évoquent — ce n’est pas pour donner une touche clinquante à ses projets que pour signifier une attention, une noblesse dans les programmes passant habituellement pour banals — logements étudiants, logements sociaux… À la Cité de l’architecture, l’utilisation de l’«or» marque une première dans le travail de l’agence. Moins criard qu’il n’y paraît, le matériau répond aux calcaires beiges du hall d’accueil, et s’en détache discrètement par sa luminosité particulière. Dans ce palais de la République, les dorures sont contextuelles. Elles viennent encadrer les fresques qui passaient inaperçues, ou prennent des formes « Art Déco » répondant au style en vogue à l’époque de la construction du Palais de Chaillot.

Ici, l’or est appliqué selon des méthodes artisanales par l’entreprise italienne Merotto Milani. Froissés puis remis à plat, les fragments de feuilles d’or sont déposés sur une primaire d’accrochage avant d’être lissés au pinceau, dans un geste transformant un champ chaotique en une surface lisse qui sera ensuite vernie. L’or employé n’est encore une fois qu’un ersatz du précieux métal. Il s’agit en fait de ce que l’on nomme or commercial, un alliage composé à 80 % de cuivre et 20 % de zinc. L’or véritable est dans les mains des artisans maîtrisant des techniques que le projet contribue à faire perdurer, à son modeste niveau.


CORRESPONDANCE



Cher Sean,

Tout arrive à Paris, y compris la résurrection des speakeasies. Ne me demande pas pourquoi ces bars clandestins, purs produits de la prohibition typique de ton Chicago des années 30 connaissent, 80 ans après leur disparition des rives du Michigan, une nouvelle vie dans la capitale. Etrange phénomène puisque l’alcool n’a jamais été interdit aux parisiens, bien au contraire ! Taxé, oui, illégal, non ! Quoi qu’il en soit, ce regain inespéré provoque les situations les plus cocasses, comme de croiser au milieu de la soirée une foule endimanchée et apprêtée faisant impatiemment la queue devant un… lavomatic, gardé de surcroit par un videur patibulaire. Ce n’est pas une lessive plus blanche que convoite ce beau linge - encore que - mais l’accès à un bar dont la porte, subtilité suprême, est maquillée en façade de sèche-linge superposés. La scène se répète cinquante mètres plus loin à l’entrée d’un kebab, l’équivalent de vos bars à tapas. Cette fois, c’est vers les toilettes qu’il faut se diriger pour accéder au Saint Graal d’un bar à cocktail !

Tu me trouveras sans doute un peu snob. J’assume mon mépris total pour ces endroits bâtis autour d’un secret digne de ce bon Polichinelle, où le maximum de la clandestinité consiste à se retrouver entre happy shiny people. Des pseudos crypto-bars où cachette rime finalement avec gadget ! Aucune élégance dans tout ça, aucune classe ! Bref, si je t’inflige à mon tour une longue attente avant d’en venir au fait, c’est pour que tu saisisses mieux ce qu’a d’exceptionnel le lieu dont je veux te parler. J’y suis allée avec Ernest par une de ces douces soirées qui succédaient aux torrides températures diurnes du mois d’Août. Tu sais, ces journées donnant l’impression qu’un immense sèche-cheveux est resté allumé au-dessus de la ville. Journées auxquelles, parait-il, il faudra désormais s’habituer…

Mais revenons-en au fait, et passons immédiatement à la Suite, avec et sans majuscule. Pas de prix du linge au kilo à l’entrée de ce discret établissement. Plutôt une inscription sublime, presque tonitruante. « Dans ces murs voués aux merveilles, J'accueille et garde les ouvrages, De la main prodigieuse de l'artiste, Égale et rivale de sa pensée, L'une n'est rien sans l'autre ». C’est autrement plus imposant :  ici, les tambours qui roulent ne sont pas ceux des machines à laver ! Tu n’es qu’au début d’un long parcours qui débute dans le hall silencieux du Palais de Chaillot, occupé par la Cité de l’architecture. Les subtiles dorures renvoient les lumières de la ville. Tu as vite le sentiment d’être un visiteur clandestin du musée, fermé à cette heure, mais dont les moulages monumentaux semblent prêts à te poursuivre et t’avaler. Devenu Arsène Lupin occasionnel, tu redoubles de discrétion alors que tu passes devant le restaurant à l’animation léchée et ennuyeuse… Arrivé à l’ascenseur, tu indiques ton intention de gagner « La Suite », ta destination finale de ce soir. Je ne te ferai pas l’offense de rappeler à l’ancien bouddhiste que tu es que ce n’est pas le but qui compte, mais le chemin. Et sur ce point, le trajet ne déçoit en rien. Tu as définitivement semé la foule, et tu poses le pied dans une cabine d’ascenseur que tu n’as plus vue depuis « le Roi et l’Oiseau ». Parois recouvertes de matériaux précieux, couleurs sombres des tissus, miroir reflétant à grand peine ton visage quasiment masqué par un éclairage tamisé. Tu traverses, mentalement, les monuments rangés en poupée russe dans ce plus grand monument qu’est le Palais de Chaillot. Tu imagines ton arrivée à l’étage : frapper trois coups, murmurer tout bas que tu es envoyé par Joe… Au lieu de ça, la porte s’ouvre sur un vestibule voûté. Une hôtesse range ton manteau dans un dressing de bois sombre qui semblait n’attendre que tes vêtements. Le sol présente ces anciens carrelages de maison de famille d’antan, aux motifs bariolés mais discrets, nous laissant la sensation que ce sol a été foulé maintes et maintes fois, usé. Plafonds et murs voûtés accueillent quelques appliques, solennelles.

Derrière l’hôtesse se dessine une fenêtre dont la forme évoque l’alcôve d’un monastère masquée par de lourdes tentures. Toutes les portes sont fermées mais tu devines derrière l'une d'entre elles que tu es arrivé. C'est le parquet qui marque l'entrée de La Suite, tel un seuil chaleureux, tu pénètres dans un vaste salon tout en longueur, qui servait parait-il d’appartement à l’architecte auteur du Palais. L’ambiance, unique depuis le début du périple, t’emporte encore ailleurs. Les murs et les plafonds sont recouverts de bois à la teinte chaude. Bois naturel, peinture, patine, je ne saurais le dire. Un mobilier hétéroclite est disposé sur un patchwork de tapis dont je n'aurais jamais imaginé qu'ils puissent se marier entre eux. Bois, mobiliers, tapis, appliques sur les murs forment un élégant chahut et dialoguent avec la cheminée dont la blancheur contraste, les bibliothèques renferment livres et objet curieux. Flottant dans une atmosphère ouatée, onirique, tu ne t’apercevras pas de suite du bric-à-brac rassemblé entre ces murs. Une version chic du vide-grenier. Ici, une chauffeuse dont les pieds ont été tapissés, là un fauteuil cannelé ou encore cette console de marbre et fer forgé qui semble provenir d'une vente aux enchères prisée. Peu de places sont offertes aux visiteurs mais elles semblent appréciées car aucune n'est libre. Tu déambules maintenant sur un tapis de couloir dont la largeur dénote avec le volume. C'est comme s’il nous invitait à poursuivre la découverte du lieu. Drôle de tapis, en bois et marbre, à motifs géométriques, complétant avec élégance le parquet à chevrons que l'on aperçoit sous cet entrelacs de tapis. Au Lulu’s Bingo ou au Frac à Chuck tu tombes toujours sur l’Oncle Max et toutes tes connaissances. Dans La Suite, tu es chez toi en toute discrétion, pour un tête-à-tête avec ton amoureux ou, si tu es seul, avec la Dame de Fer, clou d’un spectacle déjà époustouflant. Les portes vitrées s’ouvrent sur une terrasse où Paris t’accueille, avec en ambassadrice spéciale la tour de M. Eiffel. Dès lors, tu peux déambuler tranquillement entre les boiseries, les résilles du bar, les miroirs et les sols. La Suite est un joyau parisien d’un genre spécial, hélas, de ceux qui ne verront jamais le jour, puisque le client a finalement choisi un autre décor pour ces murs. Pour visiter le lieu, ne reste plus que les songes, ou le voyage à Rebours dans le temps, selon une logique chère à Joris-Karl Huysmans, juste avant le moment où le maitre d’ouvrage classa ce projet sans suite ! Un destin banal chez les architectes. Peut-être, un jour, un mécène éclairé saura mener cette Suite à bonne fin ?

Je t’embrasse chaleureusement et espère te voir bientôt, dans une gargote de nos contrées ou dans un des speakeasies fantômes de la Windy City.

Rubis