Des chauves-souris et des hommes


« La guerre des mondes » semble se rejouer depuis 2020 entre les animaux et les hommes. Hier, les extra-terrestres du roman d’Orwell voyaient leurs projets d’invasion déjoués par un microbe transmis par les humains, aujourd’hui une espèce humaine toujours plus envahissante et hors sol voit son existence menacée par un virus porté par une chauve-souris. Saisie par la crainte, l’humanité se calfeutre, s’enferme, imagine un monde d’après. D’après quoi ? Un monde où l’on n’aurait plus peur d’une pandémie ? De son prochain contaminé ? D’aller au bureau ? Un monde où depuis son balcon l’on regarderait les virus passer en toute sécurité ? Où vas-tu, bacille ? Il y a surement des moyens de nous enfermer plus, tous, plus longtemps, pour se protéger de la mort quitte à ne plus vivre. Le COVID raconte un effondrement : celui de la science moderne et des sociétés occidentales défaites dans leur projet d’éradiquer la mort. Déçus de leur échec, les pouvoirs publics ont quasiment interdit les funérailles, officiellement pour des raisons sanitaires, officieusement et inconsciemment, pour dénier tout territoire à la fin, au deuil, à la séparation. La mort est naturelle, et la mort est humaine. Les rites de deuil apparaissent avec la civilisation. L’architecture est le meilleur médiateur et le meilleur vaisseau pour ces passages, elle doit être doublement présente dans le funéraire. Le monde d’après doit être celui où l’humain dit moderne accepte sa condition et cesse de nier sa finitude. Les chauves-souris ne font pas de cérémonies funéraires. Il faut une architecture pour reconstruire les nôtres.



Cette vie après la mort ne sera-t-elle finalement quune interminable errance ? Les cent saisons écoulées depuis lexpulsion de ma dernière demeure ont transformé mon paisible voyage vers lau-delà une fête foraine ininterrompue. Je suis devenu le roi muet dune caravane faisant étape pour le plaisir de peuplades inconnues défilant en hordes bigarrées, scrutant sans relâche mes atours funèbres et ma dépouille. Dernière halte notable, dans une cité dOutre-Nil nommée Paris. « Toutânkhamon, le trésor du Pharaon - lexposition des cents ans » proclame laffiche vantant « lexposition la plus spectaculaire jamais organisée sur le Pharaon » dans une « dernière tournée mondiale », où le visiteur est invité à « vivre mon ultime voyage vers lau-delà » !!! Nous voilà donc posés, entre printemps et automne, dans une ancienne halle où lon vendait les bœufs ! Pauvre Apis, sil voyait ça ! Seul le vagabondage marrache aux sombres pensées, filles dun sort maléfique. Flottant dans l’éther, jexplore le monde entourant notre cirque ambulant. Une fois, jai cru apercevoir notre chère Louxor, mais ce n’était rien dautre quun temple obscur dédié au culte dune divinité inconnue, célébrée par des fresques mouvantes et sans relief. Une parodie de spiritualité digne de ce monde païen ne vivant que pour se glorifier lui-même et ses marchandises. Seule exception dans ce désert spirituel, cette nécropole découverte à quelques coudées de notre halte. Une oasis dans un monde de cubes hideux, un seuil avant lAilleurs tracé comme une dune ou une douce colline. Spectre évanescent, je me suis glissé facilement dans cette exotique cité des morts où se déroulent les étranges rituels que je vais te narrer. Sache quici les gens brûlent leurs morts, quand ils ne les enterrent pas. Même les maîtres de ce monde ne se font pas momifier ! Où est le soin dû à leurs Pharaons, le passage dans la vie éternelle ?

Un fleuve gris bruyant enserre ce Mont, la seule protection du lieu sacré et de son vert jardin, où tous semblent pouvoir rentrer — certains viennent manger sur sa pelouse, des enfants samusent à gravir des morceaux de bois reliés par des cordes. Deux chemins sinueux feignent d’égarer le visiteur indésirable, une ruse bien trop faible pour détourner limportun du chemin rectiligne menant vers lentrée, très visible, comme une voie royale ouverte aux pilleurs de sépulture. Cest que, bizarrement, les défunts de cette civilisation partent vers lau-delà sans rien prendre avec eux : ni chars, ni sarcophages, ni fauteuils, ni réserve de riz. Des salles, quils nomment ici funérarium, sont ouvertes pour présenter les défunts. Il est aberrant de voir que tous les rites et tous les cultes se confondent et peuvent utiliser ces lieux, chacun à leur guise, et ceci du plus humble au plus important des personnages. Imagine-t-on un Roi partager son temple avec un Hittite ou un Numide ? Avec le fils dun paysan ?

Habitué à la magnificence de nos temples, je dois admettre avoir été impressionné au plus haut point par lentrée dans ce Mont. Avant même de men rendre compte, j’étais au cœur de ce relief, entouré par la bienveillante lumière quAton dispense dans toute cette grotte claire. Tai-je décrit la multitude de tubes carrés pressés les uns aux autres dessinant le volume de ce relief ? Ils sont autant de cavités ménagées pour laisser les rayons de Râ envahir cette grotte illuminée par le pouvoir de notre dieu, jetant sur leurs dieux — un escalier chantourné qui trône dans la nef du temple, pour autant que je puisse comprendre — une lumière adoucie par lapposition dune espèce de parchemin au plafond de la salle principale.

Après la lumière, cest la nudité de lespace qui ma le plus frappé. Toutes les parois sont dépouillées de peintures ou de sculptures, comme si elles avaient été effacées par des prêtres jaloux ! Je pense au nombre de pages noircies par la fresque ornant KV62, par ces mêmes barbares qui ne jugent pas utile dhonorer un seul dieu sur les murs de leurs mausolées ! Cette nécropole est à tout le monde : je comprends à peine ce partage, justifiant aux yeux de cette civilisation que lon ne célèbre personne de particulier sur ces murs, je comprends encore moins que lon ne dédie pas ces murs à un dieu. Sont-ils en pénurie de figures divines, et veulent-ils quon leur prête quelques-unes des divinités peuplant notre panthéon par centaines ?

Lantre de ce Mont, jusquoù ma dérive ma conduit, tient en une machinerie barbare : des fours qui consument les dépouilles. Une grande chaleur en émane par des tuyaux vers une destination qui mest restée obscure. Laisse-les faire, et tu verras vite quils sont capables dutiliser ces vapeurs chaudes pour le confort de leurs maisons ! Plutôt que de mattarder à ce niveau, jai voulu rejoindre un cortège se dirigeant vers la salle de la cérémonie. Si la salle principale du Mont m’était familière et agréable, rappelant dans sa lumière lintérieur de nos temples, la salle des cérémonies ma envouté par son décor, sa lumière et ses nombreux sièges, rappelant les lits funéraires que javais pu placer dans ma petite KV62, une demeure bien petite du reste et sans aucune grâce, un lieu temporaire qui aurait fini par se faire éternel si Lord Carter ne men avait sorti de force.

Lors de ma visite, quatre obsèques se tenaient en simultané, chacune bien séparée de lautre par une suite de salles toujours aussi dépourvues de nos figures sacrées. Les gens dici remplissent leurs musées de nos trousseaux funéraires, mais ignorent le culte qui lui donne sens ! Chacun suit dailleurs son rite, jouant des musiques sortant des murs, déployant ces bas-reliefs mouvants qui napparaissent qu’à lobscurité. Le point culminant des cérémonies semble être atteint au moment où le sarcophage part vers lau-delà, descendu au sous-sol par une plateforme le menant directement aux brasiers. Les obsèques se terminent dans une autre pièce, où lon voit la remise des cendres aux proches du défunt.

Le tout ne prend que quelques heures, quand il ma fallu 70 jours pour préparer mon départ vers lAu-delà et ses épreuves. Réduits en poussière, sarcophage et dépouille tiennent dans une simple urne, guère distincte des dizaines installées dans KV62 ! Comment voyager dans ces conditions ? Certains insistent pour que leurs cendres soient remises au vent ! Toutefois, au sommet du Mont, jai découvert une construction recevant les urnes et perpétuant le souvenir des âmes passées. Un « columbarium », dont jai pu apprendre par des prêtres officiant en réunion dans une des salles du temple quil allait bientôt devenir « numérique ». Contrée inaccessible, cette Numérie réside tout entier dans l’éther. Son portail est gardé par des flammes vertes ou rouges clignotantes et tout un amas de fils, agencé assez laidement en dépit de leurs pouvoirs magiques qui semblent immenses. En Numérie, chacun aura le droit à une vie éternelle et pourra être vu par les descendants de ses descendants, sans pouvoir converser avec eux. Cette Numérie se visitera dans un autre lieu que le Mont, une forêt nommée lOrée.

L’éternité pour tous ? Encore une étrange conception de ces habitants. La foule ayant évacué l
’ancien abattoir servant de halte à ma caravane, j’ai quitté ce Mont envahi de pensées affolées. Finira-t-on par rendre virtuelle ma statue d’Amon, mes amulettes, ma maison ? J’ai finalement regagné ma dépouille et mes meubles, rassurés par la présence de ces objets fragiles et précieux, qui me suivent depuis trois millénaires. Si un de nos sculpteurs s’était trouvé à portée de main, je lui aurais demandé une sculpture du Mont, à joindre à mon trousseau de voyageur de l’au-delà… Voilà qui aurait intrigué Lord Carter !



L’Orée, au seuil des mondes


Passer d’un monde à l’autre au travers d’une forêt : cette réminiscence dantesque entoure l’Orée, cité funéraire que l’agence AAVP va construire Porte de La Villette. Un parc précède l’entrée aux salles de cérémonie, auxquelles on accède en empruntant une rampe qui conduit doucement sous la terre, après s’être glissée sous un bois qui se prolonge le long du périphérique. Prélude à un autre monde débutant par l’immersion dans un objet qui n’est, au sens classique du terme, ni un bâtiment ni une infrastructure : un espace aux limites impalpables, à la lumière diffuse, inclassable. Vous qui entrez ici, oubliez toute référence à votre vie quotidienne et renoncez à tout repère familier. Vous vivrez en ce lieu un moment que l’on espère unique, qui n’existe qu’à cet endroit précis. Une intensité émotionnelle que vous n’emporterez pas avec vous, et que vous ne devez retrouver nulle part. Parcours souterrain, lumière zénithale, espace clos, des dispositifs architecturaux intemporels construisent le microcosme.

Le projet répond à une commande dont les enjeux vont bien au-delà des considérations fonctionnelles qui dominent aujourd’hui les pompes funèbres. Il s’agit de redonner une place à la mort dans la Cité, de retrouver sur le territoire des façons d’habiter en prenant en compte toutes les dimensions de l’existence, y compris les plus douloureuses. L’architecture, art des seuils, est plus que jamais utile dans ce programme. Elle doit favoriser la catharsis, l’apaisement, suggérer des significations, instaurer la séparation tout en l’inscrivant dans une continuité. Le process ultra fonctionnel qui accompagne ce moment est caché aux yeux du public. Il reste imposant : parking, fours, marche en avant et séparation des flux entre les familles, ouverture à tous les rites, y compris ceux impliquant une présence de la famille pendant plus de 24 heures, sans avoir à fermer le site. Le trivial côtoie le tragique, l’éternel se double du fonctionnel pour répondre à une demande de la société en croissance exponentielle.

Le tabou qui entoure la mort est loin d’avoir disparu. Les réactions des communes limitrophes à l’implantation d’un crématorium en témoignent. En construisant un tel équipement sur ses marges, Paris, selon elles, reconduisait une habitude pluriséculaire de rejeter au loin ses activités polluantes et dégradantes, assimilant implicitement crématorium et incinérateur de déchets. Le rejet des vivants conduit à dissimuler l’architecture, à imaginer un équipement furtif. Le projet de l’Orée est la variante discrète du Mont, une autre proposition d’AAVP pour cette consultation qui demandait non pas un, mais trois projets à chaque agence participant au concours. Il est de ces lieux où se reconstruit l’humanité en se réconciliant avec la mort, événement de l’existence aussi naturel que la naissance. Outre les salles de cérémonies et le funérarium, l’Orée disposera d’un centre d’interprétation et de réflexion sur les pratiques funéraires dans le monde contemporain. Orée : le bord, la lisière d’un bois, ou le commencement, le début d’une nouvelle histoire, d’une nouvelle vie. 





















Un lit posé dans un environnement très minimal, aux murs gris, une pièce qui se distingue par sa hauteur et son plafond voûté rappelant une église gothique. Qu’est-ce qui résonne dans cette image ? Est-ce un certain rapport au religieux, la transfiguration du décor quotidien par une forme de transcendance ?
Il y a beaucoup de mélancolie dans cette image, une atmosphère très particulière.  Je suis profondément touché par ce type de lieu, par cette capacité d’émouvoir avec un dispositif spatial intemporel, même s’il paraît se déployer dans un cadre ancien. Les éléments qui y sont disposés restent actuels : de beaux draps, de belles lampes, fonctionnant à l’électricité, pas des lampes à huile… Les murs renvoient à une autre époque, et en même temps, les lampes, le lit, sont extrêmement contemporains. C’est ce rapport ambigu qui aiguille mes recherches, qui distille une voix qui, selon moi, ne doit parler finalement que d’émotion. Je ne suis ni passéiste ni nostalgique. Ce qui m’émeut profondément dans ce dispositif, c’est sa véritable douceur. C’est pour cela aussi que j’aime cette autre image qui reprend les mots de Bashung : « Que ne durent que les moments doux ». La citation s’applique aussi bien à la vie, à l’architecture, aux êtres aimés, aux femmes, etc… Le projet d’architecture est une bataille, et l’architecture, comme on le sait, un sport de combat. Après t’être lamenté de ta condition professionnelle, tu dois avoir quelque chose à dire, à défendre. Finalement, je n’ai pas envie de me plaindre. J’ai envie de rappeler que ce qui m’anime dans ce métier, au cours de chaque projet, ce sont les moments doux qui ont pu exister, et, sur le plan émotionnel, la relation avec les gens, les rencontres avec des personnes, les lieux… C’est ce qui fait que cette image est forte pour moi, car elle contient tous ces aspects, que je ne cherche pas à restituer précisément ; j’essaie d’en récupérer l’essence pour révéler l’âme de mes projets. Cette image parle de l’un de nos projets d’architecture, un concours d’hôtel international, pour lequel nous avions pensé faire de chaque chambre de grandes chapelles, de grands espaces. Des chambres qui ne soient pas que des capsules informes dans lesquelles on ne fai que dormir. Et pourquoi ne pas ouvrir l’usage jusqu’à recevoir des invités dans sa chambre d’hôtel ? Quelle ambition ! Imagine-toi inviter des gens dans ta chambre, un privilège qui n’est plus réservé qu’à Louis XIV… !





















Quatre fois la même chaise, fixées les unes aux autres suivant un plan en croix. Un objet qui paraît sortir tout droit du catalogue des objets introuvables de Jacques Carelman, en fait, l’œuvre d’un artiste contemporain.

Quatre chaises d’un même modèle sont soudées les unes aux autres, empêchant de reconduire la fonction qu’elles remplissaient quand elles étaient disposées comme éléments indépendants. Je vais m’y asseoir face à toi, jambes écartées, en cavalier, de dos, je vais m’y allonger… Cette pièce a été créée par un artiste contemporain, mais l’on me dirait que c’est un mobilier que l’on dessinait voilà cent ans, je le croirais. Qui dit d’ailleurs qu’il n’a pas justement été fabriqué pour un lieu de culte, à l’attention d’un prêtre qui devait faire je ne sais quoi au milieu d’un millier de bougies ? Pour moi, cet objet introduit une notion d’obligation. Il t’impose quelque chose, et c’est dans cette contrainte que tu vas être capable de t’exprimer, d’évoluer. Le propre de l’architecture, en somme. On t’impose un espace ; à toi de comprendre comment te mouvoir dedans. Vas-tu déambuler, longer le mur ou te placer au bord du vide ? C’est peut-être un peu extrême, mais c’est ce qui m’intéresse. Et ça n’a rien à voir avec la notion d’absurde ou d’ironie que certains pourraient percevoir dans cette œuvre ; j’y retrouve les propriétés obtenues avec des changements d’échelles, cette capacité de créer un lieu avec un objet qui structure l’espace. Ce qui m’intrigue dans cette pièce, c’est le fait qu’une chaise puisse être un banc, qu’une école puisse être une maison, qu’un immeuble de bureaux puisse être une pièce urbaine dans la ville, allant au-delà de sa fonction programmatique. Dans les années 60, tu portais un blouson noir parce que tu étais un caïd. Aujourd’hui, Monsieur Tout-le-Monde porte un blouson noir. Tu portais des baskets il y a 25 ans, tu ne rentrais pas dans un restaurant. Tu portais un jogging, tu étais catalogué. Ce qui était hier une sorte de stigmate devient avec le temps une marque de distinction. Le break dance vient d’obtenir ses lettres de noblesse pour entrer comme discipline officielle aux prochains Jeux Olympiques. Il y a bien là un sujet autour de la culture et de la mutation des codes. De la même manière, notre architecture n’est pas faite pour être décalée, ou se faire remarquer, elle est faite pour exprimer ce qui m’interpelle dans la société, la vie. Elle est là pour accompagner l’humanité.





Une salle de bain vue depuis le haut, comme si on avait ôté le plafond de la pièce. Des murs ornés. Une baignoire.

C’est la salle de bain de Carlo Mollino. Elle représente la salle de bain dans laquelle je suis certain de bien me sentir. J’y retrouve du soin, une intimité… J’ai l’impression que si j’y entrais, je n’aurais besoin de rien y rajouter, juste prendre ma serviette en lin ou en coton… Elle est très étroite, mais parfaite dans sa qualité matérielle, son toucher, son organisation. Elle est spartiate sans être minimaliste, puisqu’elle est agrémentée de photographies, d’une chaise, d’un cintre et d’une tablette qui invite à y poser ses objets. Il y a une grande attention au corps. Je parlerais presque d’une salle de bain-salon. L’aspect fonctionnel reste fondamental, mais il est enrichi de sensualité, de vie. Tu n’as plus envie de sortir de ta salle de bain, parce que tu as mis en place un dispositif spatial complet, à travers un choix de matériaux, qui engendre des formes d’aménités. Il y a la dimension du toucher, c’est froid, c’est coloré, c’est ce que tu veux, mais ce qui m’intéresse c’est ça. Le décor est très important, quand il apporte le bel habit de l’écrin. La même chose en béton ciré, avec une simple ampoule qui pend du plafond, tu diras peut-être « waoh, fantastique, quelle pureté minimaliste »… Moi, ça m’ennuie ! Ce qui m’interroge, c’est la provenance de ces azulejos, ce côté exacerbé du matériau que tu appliques à une pièce entière, comme l’a fait Koolhaas à la Casa da Musica, ou comme dans la proposition de Nouvel pour l’Alcântara-Mar à Lisbonne. Ou comme il en existe ancestralement dans les pays arabo-ibériques. Cet effet décoratif inattendu, attentionné, est toujours lié à ces moments doux évoqués précédemment.






Défaire pour FAIRE


Le point de vue de Noé Basch, gérant du BET Lab-Ingénierie et co-fondateur avec Aurélien Furet de sa filiale MOBIUS, associés à AAVP* sur l’appel à projet innovant « FAIRE »

40% des déchets français proviennent de l’activité du BTP. Une masse considérable que l’on pouvait réduire si l’on utilisait des matériaux de réemploi, qui ont l’avantage de répondre à des problématiques environnementales touchant aux pénuries de matière et aux consommations énergétiques. Cette question du recyclage/réemploi est progressivement prise en compte dans les projets, comme on le voit à Saint-Vincent-de-Paul. Avec notre filiale Mobius, nous avons remporté l’appel d’offres d’AMO réemploi sur cet ancien site hospitalier en mutation. Notre travail a débuté par un inventaire des matériaux disponibles — fenêtres, radiateurs, etc. — suivi d’un schéma directeur déterminant la part de matériaux qui seront réutilisés sur place et la part de ceux qui feront partie d’une donation, par exemple les lavabos et les sanitaires qui vont être donnés. Une troisième catégorie de matériaux présentant un grand intérêt fonctionnel ou qualitatif, à l’instar du groupe électrogène, seront déposés par l’entreprise qui les revendra, et de même pour la pierre de taille.

Notre diagnostic a révélé la présence d’une grande quantité de portes — environ 1200 —, un stock dont nous proposons de transformer une partie en meubles, en réponse à l’appel d’offres « Faire » lancé par le Pavillon de l’Arsenal et la Ville de Paris. Notre proposition, élaborée avec l’agence AAVP* a été retenue parmi les 11 projets lauréats. Il s’agit de créer des éléments de mobilier à partir de ce gisement de portes. Deux designers, Romane et Arthur, ont dessiné un meuble spécifique en fonction de la matière disponible. Ils ont débuté la mise en œuvre de ce projet par un tri entre les portes à récupérer, et les portes en bois aggloméré ou en carton qu’il n’était pas possible de transformer en meuble du fait de leurs qualités structurelles réduites ou inexistantes. Un diagnostic fin des éléments bois est nécessaire pour définir ce qui va être déposé immédiatement pour passer aux phases de transformation : dessin et prototypage. Nous avons monté un atelier de menuiserie pour permettre aux deux designers de tester la faisabilité à plus grande échelle. Nous avions commencé la production avec 6 à 8 personnes en réinsertion quand la covid a brisé cet élan. Celle-ci doit reprendre le mois prochain. La démarche ne se limite pas à la récupération de matériaux. Nous voulons aussi employer des personnes restées au bord du chemin, d’où la volonté de faire réaliser les pièces par du personnel en réinsertion professionnelle.

Faire ce projet, c’est aussi l’adapter aux réalités. Il faut adopter une démarche de conception à rebours, et créer avec les contraintes d’une matière hétérogène arrivant dans des dimensions prédéfinies. Une des préoccupations est la solidité du matériau pour la fabrication de pièces d’assises. Nous allons réutiliser moins de portes que prévu, mais nous avons diversifié les types de gisement avec l’utilisation de portes d’armoire, de parements muraux… Nous avons aussi récupéré une grande quantité de tasseaux de bois. Il faut ensuite trouver un débouché économique viable au mobilier produit. Finalement, notre choix s'est porté sur la fabrication de tables. Remporter le concours a financé le prototype, et nous envisagions d’écouler une partie de la production par le biais d’une campagne de crowdfunding. Grâce au Pavillon de l'arsenal, nous avons été mis en contact avec les organisateurs du Forum Bois Construction qui nous ont commandé 200 tables pour celui-ci qui aura normalement lieu du 15 au 17 juillet prochain au Grand Palais Ephémère ! Puis, des préventes sont en parallèle lancées via le site de préventes Kisskissbankbank. L’absence de filières structurées limite la portée des démarches de réemploi. Nous avons une première expérience de ces filières à travers les dalles de faux plancher techniques, que nous traitons entièrement, de la dépose au reconditionnement en passant par les tests laboratoire garantissant l’obtention d’une assurance responsabilité produits du BTP (décennale), puis enfin la vente. Nous ne voulons pas nous limiter à ce matériau. À terme, nous envisageons d’ouvrir un magasin pour proposer des matériaux de réemploi à des particuliers plutôt qu’à des professionnels qui rechercheraient une référence unique en grande quantité dans le cadre d’un projet de logements, par exemple.    


* Faire édition 2019, appel à projet innovant. La proposition «Ceci n’est pas une porte» associe AAVP, Mobius, Lab-Ingénierie, P&Ma et Ares (Association pour la réinsertion économique et sociale).

préventes de #cecinestpasuneporte sur le lien https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/ceci-n-est-pas-une-porte



Gagnés

Retour à Charles Hermite: l’agence aménagera les studios d’enregistrement de l’espace jeunes La Villa dans le 18ème arrondissement de Paris. Un terrain connu : l’agence avait conçu et livré ce petit centre culturel et social de la rue Charles Hermite en 2012. Reprendre la porte: lauréate de la consultation « Faire », AAVP va prendre les portes de l’ancien hôpital Saint-Vincent de Paul - environ 1200 - pour leur redonner une seconde vie sous forme de mobilier. Un projet mené en association avec Mobius, Lab Ingénierie, et P&Ma. L’association ARES pour la réinsertion économique et sociale construira les meubles conçus par l’agence . Le non-retour à la terre? Le groupe scolaire de la ZAC Clause Bois-Badeau fait le pari pour la seconde fois (après celui de la ZAC Boissière-Acacia à Montreuil, projet lauréat annulé en 2015) d’utiliser la terre : cuite, pour faire des moucharabiehs et des claustra, et crue, sur de grandes surfaces de murs porteurs en pisé. Un engagement pour une construction biosourcée et le recyclage de matériau, finalement annulé, une fois encore. Atterrant ? En terre de Versailles: l’école Louis Pion devrait accueillir près de 200 élèves dans une structure en ossature bois abritant un nichoir, une bibliothèque solidaire, un mur ouvrant, des corbeilles parlantes. L’édifice sera reconnaissable à sa façade de sequins de bois. Sur les terres de la Courneuve: si le groupe scolaire Ethel et Julius Rosenberg n'a jamais été inauguré, les enfants profitent dorénavant d'une école remarquable et de son gymnase requalifiant ce quartier au nord de la ville pris en étau entre des infrastructures routières. Au-delà: à l’ombre d’un bois se développera le nouveau parc funéraire de la Ville de Paris. En rupture avec une logique purement fonctionnaliste, le projet de L’Orée entend redonner au deuil sa dimension symbolique et humaine. La lumière, le parcours, les matériaux accompagnent le défunt et ses proches dans cette étape ultime de l’existence. Deux vies: notre hôtel sur l’Île-Saint-Denis accueillera ses premiers visiteurs à l'issue des JO de 2024, après une première vie de logements pour athlètes. Au trapèze: l’agence remporte le lot 3 du lot D5, parcelle d’angle occupant les terrains des anciennes usines Renault devenu le secteur d’aménagement trapèze Est. AAVP s’occupera d’un immeuble de logement placé entre des bureaux développés par BIG et des logements par ECDM, sous la houlette de Chartier-Dalix chargée de la coordination d’ensemble. Un jardin en toiture reliera les projets de ces différentes agences. Mutations: nous transformerons les anciens laboratoires de la rue des petites écuries en espace de coworking tirant parti d’une architecture industrielle existante exceptionnelle. Complicité: nos projets communs avec l’agence Antonio Virga toujours en actu avec de nouveaux galets pour l’Atoll mais cette fois-ci en bois, le Talent Makers Lab, Réinventer la Métropole à Gennevilliers, gagné en 2017, prépare son site pour ré-enchanter tout un quartier, et, nos 2 agences s’apprêtent à lancer le chantier d’un hôtel de 120 chambres avec le Groupe Galia. Forêt: Une Ode à la nature doit s’écrire pour des éditeurs amoureux d’un lieu exceptionnel perdu en pleine fôret domaniale de Fontainebleau.



Partis

Nous ne construirons pas : un groupe scolaire avec des moucharabiehs préfabriqués en argile à Châtenay-Malabry, un centre commercial dans l’ancien siège du Crédit Agricole au centre d’Avignon, l’école aux murs de pierre qui servira de noyau au réaménagement du quartier de la Belle de Mai à Marseille, un béguinage de 180 logements dans une impasse du 14ème arrondissement de Paris avec Gillot+Givry, les six plots de 100 logements qui auraient encadré un jardin de cœur d’îlot à Grenoble, une école de quartier intimiste et discrète à Villeneuve-Saint-Georges, un groupe scolaire et circulaire dans le quartier des Groues à Nanterre, un collège breton à Landerneau, pas plus un gymnase de compétition à Coupvray, et encore moins le groupe scolaire Les Coteaux à Noisy-le-Grand que nous nous proposions de restructurer et d’étendre par un bâtiment aux planchers mixtes béton-bois.

Nous ne construirons pas non plus de crématorium en forme de MONT, pas plus que le crématorium imaginé avec l’agence LOG tel une ILE, deux alternatives au projet l’Orée qui a finalement remporté l’adhésion du jury.

Nous n’obtiendrons jamais le permis de construire d’un funérarium et logements face aux Père-Lachaise. Trois ans pour déposer un permis de construire après avoir obtenu les accords de principe, puis, après les élections, 5 minutes pour le retirer.



En construction

TOL, ensemble de 80 logements & commerces dans le XIIIe arrondissement se pare, après ses façades bois et la construction de ses nids, de vitrages ondulés. Non loin, les premiers prototypes voient le jour sur NUDGE, un projet de 133 logements & commerces liant architecture et sciences comportementales conçu avec Catherine Dormoy. Le XIIIe est en fête !

Dans le XXe, Jorge suit de près les reprises en sous-œuvre d’un bâtiment en totale restructuration pour le compte du groupe Terrot, dans le VIe, Simone trace les cloisons courbes d’une entrée osée d’un appartement haussmannien et à Clichy, Andrea vise les plans de 54 logements dans leur peau de pierre pour Sogeprom.



Distinction

Vincent Parreira est nommé Chevalier des Arts et des Lettres et cela lui va bien ! Notre projet de logements à Paris Batignolles co-réalisé avec Manuel Aires Mateus est nominé au Prix Mies van der Rohe 2022. Honra e orgulho ! Félicitations et embrassades pour nos amis Lacaton & Vassal pour ce Priztker tant mérité.
 





 
Vingt Bougies
En 2020, l’agence a eu 20 ans. Marie Brodin et Eric Crochu fêtent leur première année d’associés d’AAVP.



vingt années impossibles à traverser sans…

LES VILLES - La Ville de Paris, la Ville de Saint-Denis, la Ville d’Aubervilliers, la Ville de Clamart, la Ville de La Courneuve, la Ville de Gournay-en-Bray, la Ville de Heilles, la Ville de Mantes-la-Ville, la Ville de Montévrain, la Ville de Montreuil, la Ville de Pantin, la Ville de Sainte-Eulalie, la Ville de Suresnes, la Ville de Wissous, la Ville de Versailles, la ville de Brétigny sur Orge, la Communauté  d’Agglomérations  Troyennes, la Ville de L’île-Saint-Denis - LES INSTITUTIONS - le  Festival  des architectures  Vives, la  Villa  Noailles, le  Pavillon  de l’Arsenal, la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, la Cité Universitaire de Paris, EDF - LES BAILLEURS ET PROMOTEURS -et particulièrement, Philippe Journo & la Compagnie de Phalsbourg,  ICF  La Sablière,  la  Semapa, la  RIVP, Tour(s)plus,  l’AEFE, Sogeprom,  Laurent Dumas & toutes les équipes d’Emerige,  Espacil, Ogic,  Cogedim, Brice Errera & le Groupe Galia, Kaufman & Broad, Noctis, Gilles Malafosse, Xavier Thoumieux , Thierry Gisserot & le groupe Funécap Ophiliam, le chocolatier Michel Cluizel, Sequoia, Notre-Dame de Bon Secours, Alliages & Territoires, Immobilière Ile de France, Akirya, Youness Bourimech, Accor Hotels, la Compagnie du Nord, Bouygues Immobilier, 3F Groupe Action Logement, Klepierre, BNP Paribas Immobilier Résidentiel & Promotion Immobilier d’Entreprise, Eiffage Immobilier Ile de France, Icade, Le groupe Pichet & Legendre, OCP Business Center 24, les familles Chanet, Gans, Hérial, Klein-Lindup, Pasquier, Sisso, Tanguy, Carole & Régis, Leclerc, de Sivry & Beccaria, - NOS CONFRERES, PARTENAIRES ET AMIS - Antonio Virga, Philippe Lartigaud, Manuel & Francisco Aires Mateus,  Encore Heureux,  Catherine  Dormoy, Raphael Gabrion, Atelier O-S, Mobius, les auteurs, perspectivistes, illustrateurs, maquettistes, les équipes de maîtrise d’œuvre, Luc Boegly, Luciana Ravanel, Thomas Saint-Guillain.


Vingt ans émaillés de noms de codes des projets livrés   



Vingt années plus une
En 2021, l’agence aura 21 ans, et tachera de célébrer dans la liesse ce nouvel anniversaire