ÉTÉ À CONCOURSVILLE


“ll y a toujours une bonne âme pour me le rappeler : « tu as de la chance d’être invité ou sélectionné sur tel ou tel concours » … Certes, et encore plus dans ce contexte de crise de la commande. Avoir le « privilège » devenu si rare de participer à un concours implique-t-il pour autant que l’on s’interdise d’enrager sur les conditions de production de l’architecture publique voire privée ? La commande publique ne fait-elle pas partie des engagements de l’État et des collectivités ?

Ma reconnaissance totale envers l’engagement des pouvoirs publics se heurte à la pratique… Est-ce bien investir l’argent public que d’exiger des 3 ou 5 agences concourant pour un même projet que de réclamer qu’elles répondent dans les deux mois suivants leur sélection, congés inclus ? Est-ce garantir le bien public que de contraindre nos collaborateurs épuisés de travailler durant les périodes de vacances plus que méritées, au regard des charges de travail en agence ? À l’instar des salariés d’une grande chaîne de distribution du sud de la France, vais-je devoir demander à l'agence de partir en congés après les deux mois d’été, et peu importe nos vies de famille ? Est-ce garantir la qualité architecturale que de demander, dans ces délais raccourcis, des listes de documents directement sorties d’un inventaire à la Prévert en croissance perpétuelle ? Ce contexte d’urgence injustifiée — il n’est pas rare que les documents rendus à la fin du mois d’août ne soient jugés six mois plus tard, quand ils ne deviennent pas obsolètes suite à l’annulation du concours — ne favorise pas la réflexion sur le sujet traité. Or, l’architecture c’est aussi du temps pour un meilleur résultat, résultat auquel nous sommes tenus par obligation.

Alors, plutôt que l’on m’assomme avec cette chance que j’aurais d’être retenu, au nom de laquelle on m’invite poliment à me taire, j’aimerais plutôt qu’on me demande comment nous pourrions concevoir des projets pertinents, justes pour l’usager autant que pour l’environnement, en ayant dépensé au mieux chaque centime du contribuable. En matière de concours, l’urgence absolue me semble d’arrêter de concevoir des projets dans la précipitation, dans un délai qui reste dérisoire au regard du cycle global de la construction.”      


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